Depuis le mois de novembre 2025, je siège au conseil d’administration du Musée d’art de Joliette (MAJ) comme représentant de la MRC. J’y suis arrivé en me disant que je n’y connaissais rien. Je suis ingénieur, pas un expert, comment est-ce que je peux contribuer? Mais c’est justement pour ça que j’ai accepté : parce que la culture, dans nos municipalités, on la traite trop souvent comme un poste de dépense plutôt que comme un levier.
J’ai appris que le MAJ est le plus grand musée régional au Québec. Il dessert plus de 75 000 personnes sur le territoire de la MRC de Joliette et génère annuellement près de 820 000 $ d’activité économique directe auprès de fournisseurs de la région. Son 50e anniversaire c’est cette année. Sa planification stratégique 2026-2029 est en cours. Et sa situation financière, comme celle de la plupart des institutions culturelles en région, est un enjeu.
En février dernier, j’ai déposé un rapport à la MRC sur le Musée d’art de Joliette : fréquentation, réalité financière, pistes de collaboration. Parce que je crois qu’un représentant de la MRC au CA d’une institution devrait servir de pont et pas juste occuper un siège.
Depuis mon arrivée en poste, j’ai l’impression que la culture, dans le monde municipal, souffre d’un problème systémique : le financement par cases à cocher. Chaque municipalité dépose son projet indépendamment de ses voisines, en compétition pour la même enveloppe. On ne se concerte pas. Personnellement je pense que ce qu’il faudrait, c’est l’inverse : commencer par une vision régionale, puis décliner des stratégies municipales cohérentes. On m’a dit que ça existe…à moi de trouver et voir si c’est à jour.
Comment offrir une vie culturelle dans une municipalité de 3 500 habitants, sans salle de spectacle, sans galerie d’art, sans le budget d’une ville de 85 000? Seuls, on n’a pas la masse critique. Ensemble, on l’a.
C’est dans cet esprit qu’à Sainte-Mélanie, on vient d’adopter le programme Emprunt culturel avec le MAJ. Nos citoyens ont accès à des ateliers créatifs dans leur milieu (la Ruche d’art mobile vient chez nous), à la programmation du Musée et à des cartes laissez-passer empruntables à la bibliothèque, exactement comme un livre.
Un livre. Une visite au musée. Le même geste fondamental : s’ouvrir à une oeuvre.
Et la culture vient à nous par d’autres chemins aussi. Le 28 juillet, le Festival de Lanaudière a présenté la pianiste italienne Saskia Giorgini à l’Église de Sainte-Mélanie. Du Liszt, du Debussy, et un premier concert au Canada. Notre église, notre village, sur la carte d’un des plus grands festivals de musique classique en Amérique du Nord. Ce n’est pas rien.

Et on ne s’arrête pas là. Le nouveau conseil a confié à son comité de politique culturelle le mandat de revoir notre stratégie locale pour nos artistes et artisans. Parce qu’avant de demander une vision régionale, il faut savoir ce qu’on veut chez nous. Qui sont nos créateurs? De quoi ont-ils besoin? Comment la municipalité peut-elle les soutenir sans se substituer au marché, mais en créant les conditions pour qu’ils puissent vivre de leur art ici, à Sainte-Mélanie?
La prochaine étape, c’est de convaincre que la culture n’est pas un luxe, mais un levier de développement, de cohésion sociale et d’attractivité.
En attendant, dans quelques jours vous pourrez passez à la bibliothèque emprunter un laissez-passer pour le Musée.
Hugues
P.S. : Un membre du CA du Musée m’a suggéré : Pour une culture de proximité de Chantal Deschamps, l’ancienne mairesse de Repentigny, une lecture que je recommande à quiconque s’intéresse à la culture en milieu municipal.
Je me promets que mes prochaines lectures sur le sujet seront deux essais de Simon Brault.
Le premier, Le Facteur C : L’avenir passe par la culture (2009) et le second, Et si l’Art pouvait changer le monde? (2024).
En savoir plus sur Hugues Hénault ing.- maire de Sainte-Mélanie
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