
Mardi dernier nous avons tenu un Café du Monde. Une idée lancée par M. Miron, un citoyen engagé qui voulait que les gens de Sainte-Mélanie puissent poser leurs questions aux candidats des élections provinciales du 5 octobre. On avait fait la publicité. On s’attendait à voir des gens, à créer un espace où la démocratie citoyenne pouvait vraiment prendre racine.
Seulement deux citoyens se sont présentés, en plus de M. Miron lui-même. Mais nous avions la chance d’avoir trois candidats présents.
Pourquoi ce désengagement? Il y a sans doute plusieurs raisons… Le match d’ouverture du Canadien , ce qui explique peut-être une partie de l’absence ou est-ce plutôt en regardant les programmes électoraux des différents partis, je me pose aussi une autre question: est-ce que c’est un manque de vision distincte? Est-ce que les propositions de chacun des partis sont devenues trop similaires? Et peut-être que c’est précisément cela qui explique le désintéressement des citoyens. Quand il n’y a pas de vrai choix, quand les visions convergent, pourquoi se déranger?
Mais voilà. Ce mardi, malgré le faible nombre de participants, nous avions choisi d’explorer trois thèmes précis avec les candidats: la gouvernance municipale et les relations avec le gouvernement provincial, les infrastructures, et le transport et la sécurité routière. Ces trois thèmes interpellent directement nos municipalités et nos citoyens, et ils valent la peine d’être entendus.
Gouvernance municipale et relations avec le gouvernement provincial
M. Miron a soulevé des questions importantes sur la gouvernance municipale et la relation entre nos municipalités et le gouvernement provincial. Gabriel Arteau, conseiller du district 2, a pris la parole pour explorer cet enjeu. La gouvernance municipale ne se limite pas à nos décisions locales. Elle est directement influencée par les lois et règlements provinciaux qui s’imposent à nous.
Prenons un exemple concret. Quand une municipalité comme Sainte-Mélanie veut réaliser un projet d’infrastructure, elle doit d’abord investir dans une étude d’ingénierie coûteuse pour préparer les plans et devis. Or, cette étude représente une dépense importante pour la municipalité, sans garantie que le projet recevra une subvention provinciale. C’est un risque financier auquel on doit faire face.
Mais il y a plus. Tous les partis en campagne promettent des coupes dans la fonction publique et des économies gouvernementales. Le problème, c’est que ces coupes et ces économies retombent directement sur les municipalités. Nous dépendons presqu’entièrement de la taxe foncière pour nos revenus. Si la province réduit les subventions ou diminue le soutien aux citoyens, c’est la municipalité qui doit absorber le coup et les coûts. Et les citoyens n’ont que la taxe foncière pour payer.
C’est une question de gouvernance, oui. Mais c’est aussi une question de survie pour nos petites municipalités.
Infrastructures
Mme Françoise Boudrias, conseillère du district 3, a abordé l’enjeu des infrastructures en s’appuyant sur les constats de l’Union des municipalités du Québec et de la Fédération québécoise des municipalités.
Le défi des infrastructures à Sainte-Mélanie ne se limite pas à en construire de nouvelles. C’est d’abord une question d’entretien et de réfection des infrastructures existantes. Nos citoyens branchés au réseau d’aqueduc et d’égouts dépendent d’une usine de traitement des eaux qui nécessite une réfection majeure. Plusieurs millions de dollars. C’est une infrastructure critique.
Mais voilà le problème d’équité fondamental. Environ 65 pour cent du territoire de Sainte-Mélanie est en puits et en installation septiques. Ces citoyens ne sont pas branchés au réseau municipal. Or, si nous les taxons sur le réseau d’égouts et d’aqueduc pour financer la réfection de l’usine de traitement, il y a une inéquité majeure. Ils financent une infrastructure dont ils ne bénéficient pas. C’est un enjeu d’équité fiscale que les programmes de subvention du gouvernement du Québec ne semblent pas vraiment adresser.
La question que nous avons posée aux candidats provinciaux était donc: comment les programmes de subvention du gouvernement du Québec peuvent-ils mieux tenir compte de cette réalité d’équité? Comment peuvent-ils reconnaître que les petites municipalités rurales font face à des défis infrastructurels uniques, et que les solutions doivent être adaptées à leur contexte?
Transport et sécurité routière
De mon côté, j’ai abordé deux enjeux importants que les citoyens doivent comprendre: le transport collectif et la sécurité routière.
D’abord, le transport collectif. Le désengagement de la province dans le financement du transport collectif signifie que les petites municipalités comme Sainte-Mélanie sont affectées de façon significative. La façon dont la province calcule les transferts et les subventions aux MRC et aux municipalités a changé. Ce changement dans la formule de financement provincial crée des lacunes importantes dans nos services.
Le service de transport rural pour la MRC de Joliette l’illustre bien: les citoyens doivent prendre rendez-vous la veille pour un transport le lendemain. Peu ou pas de flexibilité. Ce n’est pas un vrai service de transport collectif.
Imaginez un citoyen qui doit se rendre à l’hôpital à 13 heures. Il ne sait pas à quelle heure il reviendra. Comment planifie-t-il son retour? Il ne peut pas. Et pendant ce temps, à un ou deux kilomètres de Sainte-Mélanie, il existe des services de transport qui passe par la MRC voisine. Mais nous n’y avons pas accès.
Ensuite, la sécurité routière. Post-pandémie, notre région s’est développée. Les municipalités voisines comme Saint-Félix ont grandi. La circulation a changé. Ce n’est plus juste des gens qui passent. C’est du trafic de transit à travers nos villages. Et maintenant, ces villages s’animent. Il y a des enfants. Il y a de la vie citoyenne. Mais les routes sont toujours conçues pour la haute vitesse.
Ma perception, c’est que le MTMD agit lorsqu’il y a un accident ou une mort pour prendre action. Et il semble ne pas vraiment distinguer entre les usagers de route et les citoyens qui vivent dans ces villages. Qu’est-ce qu’un usager de route? Un véhicule? Un piéton? Un cycliste? Un enfant à vélo?
Ma suggestion aux candidats provinciaux était claire: le MTMD doit travailler avec les municipalités. Il faut comprendre le volume de véhicules, la vitesse, le contexte local. Il faut établir un meilleur contrôle et un apaisement de la circulation adaptés à la réalité de nos villages.
Reconnaissance et appel à l’action
Avant de terminer, je veux reconnaître le courage de tous les candidats et candidates qui se présentent dans la MRC de Joliette pour aller à l’Assemblée nationale. Depuis que j’ai accepté le rôle de maire, il y a un an, je réalise combien la responsabilité politique est un véritable défi. Ce que je croyais initialement être une décision relativement simple s’est transformé en une réalité quotidienne complexe où chaque décision a des répercussions sur la vie des citoyens. Être législateur à l’échelle municipale signifie naviguer entre les attentes citoyennes, les contraintes financières, les directives provinciales et les enjeux régionaux. J’imagine qu’à l’échelle provinciale, ces défis se multiplient aussi. Donc, à tous les candidats et candidates qui s’apprêtent à franchir cette ligne, je salue votre engagement et votre volonté de servir. C’est un travail exigeant, mais essentiel.
Aux candidats, dites vous bien qu’après le 5 octobre, Sainte-Mélanie sera là pour travailler avec vous afin de transformer ces enjeux en actions concrètes.
Aux citoyens de Sainte-Mélanie: sortez voter le 5 octobre. Faites entendre votre voix.
Hugues
En savoir plus sur Hugues Hénault ing.- maire de Sainte-Mélanie
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