Oui je suis en retard pour ma chronique… je n’ai pas vu la semaine passer: séance du conseil, travail avec l’équipe de l’urbanisme et aussi l’autre boulot qui n’est pas celui de maire
J’ai aussi pris un moment de recul pour comprendre cette nouvelle qui a fait peu ou pas de bruit cette semaine, les Nations Unies ont publié un rapport qui dit grosso modo qu’on va dépasser 1,5 °C de réchauffement. C’est inévitable. On le savait, mais maintenant c’est écrit noir sur blanc par le Programme des Nations Unies pour l’environnement.
Ce qui m’a frappé dans ce rapport, ce n’est pas le constat. C’est la solution.
Le rapport s’appelle « Limiting Overshoot ». Limiter le dépassement. L’idée, c’est qu’on va dépasser la cible, mais que la durée et l’ampleur de ce dépassement dépendent de ce qu’on fait maintenant. Pas dans dix ans. Maintenant.
Et parmi les leviers identifiés, il y en a un qui nous concerne directement à Sainte-Mélanie : la capacité naturelle de captage du carbone. Les forêts, les milieux humides. Ces écosystèmes qui absorbent le CO2 que nous émettons. Le rapport est clair : si on laisse ces milieux se dégrader, on perd notre principal outil pour revenir sous la barre du 1,5 °C. Et cette capacité-là, on ne la remplace pas avec de la technologie. Pas à cette échelle. Pas dans les délais qu’on a.
Alors quand je lis ça, je pense à nos boisés et à ces hectares de forêt qu’on a perdus au fil des décennies …
Et je me dis qu’on a une responsabilité.
Pas une responsabilité abstraite, pas une responsabilité pour la planète en général. Une responsabilité concrète, locale, mesurable. J’imagine qu’un arbre mature à Sainte-Mélanie séquestre du carbone comme un arbre mature en Amazonie. La différence, c’est que celui de Sainte-Mélanie, on peut décider de le protéger. C’est dans notre juridiction. C’est dans notre règlement de zonage.
Je ne suis pas naïf. Je sais que Sainte-Mélanie ne va pas sauver le climat à elle seule. Mais le rapport de l’ONU dit aussi quelque chose d’important : chaque fraction de degré compte. Chaque année passée au-dessus de 1,5 °C cause des dommages supplémentaires. Chaque hectare de forêt préservé contribue à raccourcir cette période.
On entend parfois que les décisions locales ne changent rien à un problème global. C’est faux. Le problème global, c’est la somme de toutes les décisions locales. Si chaque municipalité se dit que ce n’est pas son problème, alors personne ne fait rien. Et si chacune fait sa part, même modeste, l’effet est réel.
C’est ce que le nouveau règlement de zonage essaie de faire, à notre échelle. Pas interdire tout développement. Pas geler le territoire. On veut que nos forêts continuent à nous rendre des services essentiels, à nous et aux générations qui viennent, et les protéger pendant qu’il est encore temps.
En 1992, quand le règlement actuel a été adopté, on ne savait pas qu’un arbre mature fournit 245 $ par année en services écosystémiques. On ne savait pas chiffrer la valeur d’un couvert forestier pour la qualité de l’eau, la stabilité des sols, la régulation du climat. Aujourd’hui, on le sait. Et quand on sait, on ne peut plus faire comme si on ne savait pas.
Le rapport de l’ONU parle de « lutter pour l’humanité ». C’est un grand mot. Moi, je préfère parler de faire ce qu’on peut, là où on est, avec ce qu’on a. Et ce qu’on a à Sainte-Mélanie, ce sont des boisés qui valent plus debout que couchés. Des sols qui filtrent mieux l’eau quand ils sont couverts d’arbres. Des berges qui tiennent quand les racines les retiennent.
Et pourtant, pendant qu’on se bat localement pour protéger nos forêts, le gouvernement du Québec fait exactement le contraire. En juillet dernier, il a levé un moratoire qui était en place depuis plus de 20 ans sur l’expansion des terres agricoles. Le nouveau Règlement sur les pratiques agroenvironnementales (RPAE) autorise le déboisement de dizaines de milliers d’hectares de forêt dans cinq régions du sud du Québec. Lanaudière est l’une de ces régions. Entrée en vigueur : janvier 2027.
On parle de 200 000 hectares de nouvelles terres cultivables, dont environ 66 000 hectares de forêt. Les organismes environnementaux ont calculé que ce déboisement pourrait émettre jusqu’à 4,5 millions de tonnes de gaz à effet de serre en dix ans. Le même gouvernement qui nous demande de réduire nos émissions autorise la destruction de nos puits de carbone.
Et ce qui est peut-être le plus inquiétant : les experts soulignent que ce règlement pourrait empêcher les municipalités d’adopter des normes plus protectrices que celles du provincial. En d’autres mots, pendant qu’on essaie de protéger nos boisés, le provincial pourrait nous enlever les outils pour le faire.
Je vais être franc avec vous. Il y a des jours où je suis découragé. On lit le rapport de l’ONU qui dit que chaque arbre compte. On regarde nos forêts, on sait ce qu’elles valent, on sait ce qu’on perd quand elles disparaissent. Et pendant ce temps, au provincial et au fédéral, l’environnement est le grand absent.
En pleine campagne électorale au Québec, aucun parti n’en fait une priorité. On parle d’économie, on parle d’identité, on parle de sécurité. Mais la forêt qui protège notre eau, l’arbre qui séquestre notre carbone, le sol qui retient nos berges? Silence.
Ce n’est pas du gros bon sens.
Mais le rapport de l’ONU dit une chose que je garde en tête quand le découragement prend le dessus : « Le dépassement n’est pas une raison d’abandonner. C’est une raison d’agir. »
Si les paliers supérieurs ne bougent pas, c’est à nous de tenir la ligne. Ce qu’on peut faire à Sainte-Mélanie, c’est protéger ce qui est sur notre territoire. Et c’est ce que le règlement de zonage tente de faire.
La consultation publique sur le règlement 736-2026 aura lieu le 8 septembre. On y parlera de zonage, de droits et de responsabilités. Ce sont des sujets locaux. Mais cette semaine, l’ONU nous a rappelé qu’ils sont aussi mondiaux.
Pensons-y.
Hugues
En savoir plus sur Hugues Hénault ing.- maire de Sainte-Mélanie
Subscribe to get the latest posts sent to your email.

